Vers un Domaining 3.0 ?

Déceler les tendances à venir dans le domaining est un exercice aussi périlleux qu’opportun, tant la période actuelle paraît rompre avec le passé.

La crise financière de 2009 a précipité le mouvement de désintégration de l’ancien écosystème du domaining, au centre duquel se trouvait le parking des noms de domaine et qu’aucun professionnel de l’internet ne regrettera, pas plus que la longue période de spéculation qui l’a précédée.

Les prémices du domaining

Les débuts du domaining datent des années 1990. A cette époque, les coûts élevés d’enregistrement et l’absence de solutions de monétisation réservaient de fait cet exercice à des investisseurs disposaient d’un minimum de moyens financiers. Leur stratégie consistait à détecter et enregistrer de grandes quantités de noms de domaine semblant présenter un potentiel, dans l’espoir de les revendre aux porteurs de projets internet. L’éclatement de la bulle spéculative en 2001 a mis fin aux financements colossaux de projets web ne garantissant pas de retour rapide sur investissement, et a par voie de conséquence entraîné la faillite de la majorité des investisseurs en noms de domaine de l’époque.

Le pragmatisme des années 2000

Petit à petit, une nouvelle génération de domaineurs est apparue, profitant du vide laissé par les investisseurs et de la possibilité de monétisation des noms de domaine, grâce à l’essor des liens sponsorisés. Souvent sans grande mise de fond ni réelle vision aigüe du secteur, plusieurs milliers de personnes, essentiellement aux USA, ont alors pu se bâtir de vraies fortunes.

La grande publicité faite autour d’une poignée de ventes de noms de domaine à sept et huit chiffres a donné l’illusion de l’émergence d’une nouvelle catégorie de millionnaires : les marchands des noms de domaine. Or, les transactions ont produit bien davantage de perdants que de gagnants, du fait de l’habilité de certains à reproduire dans le secteur des noms de domaine les techniques classiques de vente malhonnête : systèmes pyramidaux, enchères truquées, tromperie sur la marchandise, etc. Et surtout, les ventes de noms de domaine ont été anecdotiques par rapport aux montants colossaux générés par le parking de noms de domaine, colonne vertébrale de l’ensemble du secteur.

Le fait que la grande majorité des noms de domaine produisant des revenus détournaient des visites destinées à des marques ou des sites n’aura gêné ni les sociétés de parking, ni les domaineurs de l’époque et ni même nombre de bureaux d’enregistrement. L’objectif avoué de tous était l’enrichissement rapide, peu importe si l’activité développée pollue le web, s’élève contre le droit des marques et nuit à la pérennité du secteur dans son ensemble. Bonne nouvelle pour le secteur : cette période pendant laquelle quelques milliers de privilégiés se sont scandaleusement enrichis semble définitivement révolue.

La nouvelle donne des années 2010

La baisse des taux de clics et des investissements publicitaires dans les pages parking était attendue, de même que les ennuis juridiques inhérents au système, lesquels sont une donnée prise en compte dans les décisions d’investissement des acteurs, au Luxembourg et à Toulouse par exemple. Mais les marges moyennes sont rapidement devenues négatives dès lors que la principale hypothèse, l’augmentation du trafic des pages parking au même rythme que celui de l’internet, s’est effondrée. Depuis l’insertion des barres de recherche dans les navigateurs internet, et plus encore avec les nouvelles
générations comme Google Chrome qui fusionnent la barre d’adresse et la barre de recherche, la navigation directe est en chute constante. Le visiteur transite désormais de manière quasi-obligatoire par un moteur de recherche, et rares sont les cas où les pages de parking récupèrent par cet intermédiaire le trafic qu’elles obtenaient directement par le passé.

Nécessairement, un domaining de troisième génération émergera prochainement. Si les Sedo, DomainSponsor et autres Namedrive continuent à s’accrocher aux dernières branches d’un arbre mort, c’est probablement tant par nostalgie des époques fastes d’argent facile que du fait de l’absence de vision stratégique. Il n’est pas illogique de croire que le renouvellement du secteur entraînera un renouvellement de ses acteurs, et que l’avenir appartient à ceux capables de tirer profit de la valeur intrinsèque des noms de domaine, de manière éthique et durable.